Kagame se dédouane : « L’AFC/M23, c’est Kabila et les Congolais »

Dans une interview exclusive accordée à Jeune Afrique et publiée ce vendredi 3 avril 2026, le président rwandais Paul Kagame a tenu des propos qui risquent de provoquer une nouvelle onde de choc à Kinshasa. Interrogé sur la crise dans l’est de la République démocratique du Congo, il a déclaré : « Le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23, auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila. Le problème posé par ce mouvement est un problème politique congolais, qui doit trouver une solution politique congolaise. » 

Par cette formule, Paul Kagame renvoie clairement la responsabilité politique de l’AFC/M23 à la scène congolaise et tente de présenter la crise comme un dossier interne à la RDC. En liant explicitement l’AFC/M23 à Joseph Kabila, il déplace le centre du débat vers les rivalités congolaises plutôt que vers les accusations visant directement le Rwanda. 

Cette sortie intervient dans un contexte où Kigali nie depuis longtemps soutenir le M23, malgré des accusations répétées venues de Kinshasa, de plusieurs partenaires occidentaux et d’organisations internationales. Plus récemment encore, Reuters rappelait que les États-Unis ont sanctionné les Forces de défense rwandaises pour leur soutien présumé au M23, accusation que le Rwanda continue de rejeter. 

Le plus frappant dans cette déclaration est qu’elle rejoint, au moins en partie, la ligne défendue depuis plusieurs mois par le président congolais Félix Tshisekedi. Dès février 2025, Jeune Afrique rapportait que le chef de l’État congolais accusait Joseph Kabila d’être « le vrai commanditaire » du M23. En reprenant aujourd’hui l’idée d’un lien direct entre l’AFC/M23 et l’ancien président congolais, Paul Kagame s’appuie donc sur une thèse déjà avancée à Kinshasa, mais pour en tirer une conclusion différente : celle d’une crise qui devrait être réglée entre Congolais. 

Cette prise de position intervient aussi alors que le dossier Joseph Kabila est devenu encore plus explosif. L’ancien président a déjà été publiquement associé à l’AFC/M23 dans plusieurs procédures et accusations politiques en RDC, tandis que Jeune Afrique rapportait en 2025 sa condamnation à mort dans une affaire où il était accusé d’être impliqué dans l’AFC/M23, accusation que son camp a toujours rejetée. 

Alors que l’AFC/M23 reste solidement implantée dans une partie de l’est congolais et que les efforts de paix ont jusqu’ici peiné à produire une désescalade durable, la déclaration de Kagame risque d’alourdir encore le climat politique. Pour Kigali, il s’agit de présenter le conflit comme une affaire congolaise. Pour Kinshasa, cette sortie pourra être lue soit comme un aveu indirect d’une proximité politique avec le dossier, soit comme une nouvelle tentative de se dégager de toute responsabilité régionale. 

La question centrale reste désormais de savoir si la communauté internationale acceptera cette lecture strictement congolaise de la crise, alors que plusieurs acteurs extérieurs continuent au contraire de considérer le rôle du Rwanda comme un facteur majeur dans la poursuite du conflit à l’est de la RDC. 

Auteur : Mecamedia Africa

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Tags : #RDC #Rwanda #PaulKagame #JosephKabila #AFC #M23 #FélixTshisekedi #Kinshasa

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