Joseph Kabila sort du silence et attaque le régime de Kinshasa

Après plusieurs années de silence médiatique, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a accordé un entretien exclusif à La Libre Afrique depuis Goma, dans lequel il livre une lecture très sévère de la situation politique et sécuritaire du pays. Installé dans la capitale du Nord-Kivu, il n’a pas hésité à qualifier le régime actuel de « dictature », estimant que la RDC traverse une phase extrêmement dangereuse de son histoire. L’existence de cet entretien à La Libre Afrique, réalisé à Goma le 20 mars 2026, est reprise par plusieurs médias congolais ce 23 mars 2026. 

Interrogé sur la frappe de drone du 11 mars 2026 survenue près de sa résidence à Goma, qui a coûté la vie à une employée française de l’UNICEF ainsi qu’à deux civils congolais, Joseph Kabila a évoqué ce qu’il considère comme un acharnement du pouvoir de Kinshasa. Il s’est demandé si lui-même était personnellement visé ou si, plus largement, c’était encore une fois la population congolaise qui payait le prix de la guerre. Le fait qu’une humanitaire française de l’UNICEF ait bien été tuée à Goma lors de cette frappe a été rapporté dans la presse internationale. 

L’ancien chef de l’État s’est aussi exprimé sur sa situation judiciaire. Il se dit serein malgré sa condamnation à mort par contumace dans une affaire liée à sa collaboration présumée avec l’AFC/M23. Cette condamnation a bien été rapportée en septembre 2025 par plusieurs médias internationaux, qui ont indiqué qu’il avait été reconnu coupable par la justice congolaise dans un procès mené en son absence. 

Au-delà de son cas personnel, Joseph Kabila affirme que la crise congolaise risque d’entrer dans une phase encore plus grave. Il met en garde contre ce qu’il appelle la « soudanisation » de la crise en RDC, estimant que les ingrédients d’une implosion progressive du pays sont désormais réunis. Ce terme, largement repris dans les comptes rendus de son entretien, résume sa crainte d’un effondrement politique et sécuritaire plus profond que les seules tensions actuelles dans l’est du pays. 

Revenant sur son arrivée au pouvoir en 2001, Joseph Kabila oppose son choix d’alors en faveur de la paix et de la réunification nationale à la ligne actuelle du pouvoir. Selon lui, malgré la présence de plusieurs armées étrangères sur le sol congolais à l’époque, la priorité avait été donnée à la cohésion du pays. Il regrette qu’aujourd’hui, à ses yeux, les autorités privilégient une logique de confrontation plutôt qu’une logique de négociation. Dans son entretien, il présente le dialogue comme la seule voie réellement viable pour sortir durablement de la crise. 

Depuis Goma, où sa présence reste politiquement explosive, l’ancien président revendique aussi le droit de parler avec tous les Congolais, qu’ils vivent au pays ou en exil. Il appelle à une mobilisation nationale pour mettre fin à ce qu’il décrit comme une tyrannie installée au sommet de l’État. Sa présence à Goma, ville associée au contrôle de l’AFC/M23, nourrit évidemment les controverses, d’autant plus que Kinshasa l’accuse depuis des mois d’entretenir des liens avec cette rébellion. 

Sur le plan institutionnel, Joseph Kabila s’oppose également avec fermeté aux projets de révision constitutionnelle évoqués dans le débat politique congolais. Pour lui, la Constitution de 2006 a été un pilier essentiel de la réunification du pays et toute tentative de la détricoter serait extrêmement dangereuse dans le contexte actuel. Cette prise de position s’inscrit dans un moment où la question d’une éventuelle réforme constitutionnelle continue de susciter de fortes tensions dans le paysage politique congolais. 

Enfin, l’ancien président estime que le redressement du pays ne pourra pas se faire sans un renouvellement profond de la classe politique et sans une véritable rééducation civique de la population. À travers cet entretien, Joseph Kabila ne se contente donc pas de répondre aux accusations dirigées contre lui. Il tente aussi de se repositionner comme acteur du débat national, dans un contexte où la guerre à l’est, les fractures politiques internes et les rivalités régionales continuent de fragiliser la RDC. 

Auteur : Mecamedia Africa

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