#KWIBUKA_32 : Kagame, l’attentat contre l’avion d’Habyarimana et une controverse qui continue de hanter la région
À l’occasion de #Kwibuka32, la controverse autour de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana refait surface à travers d’anciennes déclarations attribuées à Paul Kagame et les conclusions opposées de plusieurs enquêtes judiciaires et politiques.
L’un des éléments les plus souvent rappelés est l’enquête conduite par le juge français Jean-Louis Bruguière. En novembre 2006, ce magistrat antiterroriste avait émis des mandats d’arrêt internationaux contre neuf officiers rwandais proches du pouvoir, les accusant d’implication dans l’attaque contre l’avion présidentiel. Human Rights Watch a rappelé l’existence de ces mandats, tandis que Reuters a rapporté que l’enquête française visait des proches de Kagame pour “meurtre” et “complicité de meurtre”.
À l’époque, les conclusions de Bruguière avaient provoqué une crise diplomatique majeure entre Kigali et Paris. Le Rwanda avait immédiatement rejeté ces accusations et rompu ses relations diplomatiques avec la France.
Mais ce dossier n’est jamais resté figé. En 2012, une nouvelle expertise française dirigée dans le cadre de l’enquête par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux a remis en cause la thèse de Bruguière. D’après cette expertise, les missiles auraient été tirés depuis la zone du camp militaire de Kanombe, alors contrôlée par les forces gouvernementales rwandaises de l’époque, et non depuis une zone attribuée au FPR. Reuters a résumé ce retournement en parlant d’une enquête française qui “exonérait” le dirigeant rwandais.
La suite judiciaire est allée dans le même sens. En 2018, les juges d’instruction français ont abandonné les poursuites contre les neuf responsables rwandais visés, faute d’éléments suffisants. En 2022, la plus haute juridiction française a confirmé la clôture de l’enquête. Autrement dit, si l’enquête de Bruguière a bien existé et a profondément marqué le débat international, elle n’a pas débouché sur une condamnation judiciaire définitive contre les responsables rwandais mis en cause.
Concernant la formule selon laquelle Kagame aurait répondu qu’il avait “le droit de se défendre” lorsqu’on lui demandait pourquoi Habyarimana avait été tué, elle circule largement dans des reprises militantes et sur les réseaux sociaux. Je n’ai pas pu vérifier directement la séquence originale de la BBC dans une source primaire accessible ici. En revanche, des reprises secondaires rapportent une ligne de défense de Kagame consistant à dire qu’il avait le droit de lutter pour ses droits face au régime de l’époque, tout en niant être responsable de la sécurité d’Habyarimana. Ces formulations doivent donc être présentées avec prudence tant que l’extrait intégral vérifié n’est pas disponible.
Ce qui reste incontesté, c’est que l’attentat contre l’avion d’Habyarimana a déclenché l’un des pires drames du XXe siècle en Rwanda, ouvrant la voie au génocide des Tutsi et au massacre de nombreux Hutu modérés. Mais la question de l’auteur exact de l’attentat continue de diviser historiens, juristes, militants et responsables politiques.
En résumé, il est exact de dire que l’enquête de Jean-Louis Bruguière en 2006 a accusé des proches de Paul Kagame et a entraîné des mandats d’arrêt internationaux. Mais il est tout aussi important de préciser que cette thèse a ensuite été fortement contestée, puis judiciairement abandonnée en France. C’est cette complexité qui continue de faire de l’attentat du 6 avril 1994 une blessure historique et un champ de bataille mémoriel dans la région des Grands Lacs.
Auteur : Mecamedia Africa
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